La Chronique de Doubango 

La Chronique de Doubango 

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Tout nationalisme se nourrit d’un ennemi intérieur ou extérieur.  Les américains ont fabriqué le méchant indien pour maintenir la cohésion au sein d’un suprémacisme blanc, qui n’a renoncé (théoriquement du moins) à ses privilèges qu’au milieu des années 60.  En pleine guerre froide le macarthurisme a pris en otage la grande démocratie. Adossé à un complexe militaro-industriel pour lequel la recherche de débouchés nécessite une guerre permanente, l’Amérique s’est inventée tout au long du 20ème siècle des ennemis  réels et imaginaires, efficaces pour entretenir une idéologie néo-conservatrice. Le dernier discours à la Nation de Donald Trump peut, à ce propos, se résumer en un seul mot: nationalisme. Pour le fantasque locataire de la Maison Blanche, le nationalisme est la solution à tous les maux dont souffre l’Amérique.  Inutile de dire que pour le milliardaire président, la nation c’est plus le sang qu’une vision partagée, un patrimoine génétique à conserver plutôt que le sentiment du vivre ensemble.
Ce serait être injuste cependant l’égard de Donald Trump que de dire que ce phénoméne de nationalisme qui se nourrit maintenant du rejet de l’immigré, bouc émissaire idéal pour des masses paupérisées, est le propre de l’Amérique. L’Europe aussi est gangrenée par le nationalisme. Quand Angela Merkel a voulu accueillir 1 million de réfugiés syriens fuyant une guerre agravée par les bombes de l’Otan, elle a été sanctionnée par l’électeur allemand.  La montée des extrêmes droites est-elle le propre de l’Europe? Quid de l’Afrique où l’on voit, au fur et à mesure, que l’on proclame le panafricanisme, s’ériger de nouvelles barrières insidieuses contre la libre-circulation et le droit d’établissement des africains en Afrique?  La Côte d’Ivoire vient d’ériger un permis de séjour de 300 000 Francs  pour les ressortissants non membres de la CEDEAO (contre, soit dit en passant,  150 000 Franc CFA pour les français).   L’Algérie poursuit des expulsions inhumaines de ressortissants subsahariens.
En Mauritanie, le nationalisme, à l’instar de l’exemple américain, se nourrit du même mythe fondateur qui a fait l’Amérique et l’Israël. Il y a forcément un ennemi intérieur qui menace la cohésion nationale identifiée ici à une race, une communauté et une culture.   La prise en otage de la diversité par une classe dominante qui gère le politique, le militaire et le business, est sous-tendue par une idéologie de la supériorité sur les autres composantes nationales .
   La peur de perdre ce rapport de force relatif explique sans doute l’idée d’un ennemi extérieur que beaucoup de nationalistes étroits désignent par ce vocable: le Sénégal.   En effet, depuis qu’il est au pouvoir, le président Mohamed Abdel Aziz, qui a plus que des affinités avec ce pays, semble adopter la même doctrine du harcèlement t permanent vis-à-vis de notre voisin immédiat.  Que gagne la Mauritanie dans ce bellicisme tiers-mondiste  entretenu par un certain nationalisme étroit ?    Le partage des mêmes eaux du fleuve Sénégal, ajouté au partage (forcé) de la manne pétrolière et gazière, devrait nous inspirer à plus de sagesse.   L’avenir est dans les grands ensembles économiques cohérents et non dans la division auto-entretenue par des armées budgétivores. Faut-il le rappeler, le Cap-Vert, seul pays subsaharien à être sorti de pauvreté, n’a pas d’armée.  Espérons que les voix progressistes en Mauritanie sortent de leur très longue hibernation. Il  y a un avenir plus brillant pour le Bilad Chinguitt.

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