L’ÉPOPÉE DE PEINDA SARR

L’ÉPOPÉE DE PEINDA SARR

1
Pêcheurs Subalbe du village Ngawle

La mémoire collective des foutankais du tooro conserve encore intacte l’épopée de la plus grande savante en matière de sciences occultes aquatiques, jamais enregistrée dans notre historiographie. Il s’agit évidemment de la grande Peinda Sarr, Peinda la cadette de Moussa Boukari Sarr, issu de la première promotion de Pire Sagnikour, la célèbre université qui a produit les plus grands savants lettrés en arabe de la sous région, ceux- là qui ont promu la révolution théocratique du Fouta Toro en 1776.

Peinda Sarr a ravi à ses frères et sœurs, très nombreux pourtant, la réputation d’érudition. En réalité, tandis que son père était doublement instruit en sciences coraniques et occultes, elle, Peinda Sarr, était plutôt héritière d’un don particulier dont la famille a toujours eu à s’enorgueillir.

« Poullo » de par sa mère de la tribu des « Wodabé » (les intouchables) de « N’Diaayeen Pénaaka », elle était aussi « Thiouballo » du coté de son père, Moussa Boukari, originaire de « Lollougou »,( actuel village de Testem) . « Lollougou diammoullé » est le fief de tous les « Saareen ou sarannkobe» du Fouta Toro et même du Waalo Barak.

Peinda Sarr est le croisement entre deux cultures, le mariage entre deux entités complémentaires : la terre et l’eau.  La cosmogonie, chez les peulhs ,voulant que le principe ontologique de l’être humain soit le mélange entre ces deux éléments principaux : l’eau et la terre : « Pucci dow, Laadé less », « Dow », c’est la terre ferme second élément du carré de la vie. « less », c’est l’élément aquatique, correspondant au troisième constituant du carré mystique de la vie.

Ainsi donc, Peinda qui est contemporaine du grand conquérant de l’islam, le pôle des saints de son époque, le « khalife », investi de la voie Tidjanienne, l’érudit El Hadj Omar Tall, dont elle est cousine par sa mère, (M’Bouré Sogui et Hawo Sogui étant des sœurs), et de son père (Matel Diakou , descendante de Ardoo Leeraabé), est  née entre  1794 et 1797.

Comme indiqué plus haut, elle est la benjamine d’une famille nombreuse (7 enfants). Un jour, allant s’amuser au fleuve avec ses sœurs aînées, elle disparut miraculeusement, happée par l’onde glauque, à l’insu des siennes.  Quand elles eurent pris conscience de sa disparition, il faisait tard. Elles ramassèrent alors ses habits et partirent pour rapporter la nouvelle de sa disparition au village. Les recherches s’organisèrent quelques mois durant sans trouver de traces. Un jour, son grand oncle maternel apprit à son père que sa fille était retenue dans le royaume des sirènes, au fonds des eaux. Lui-même  ayant épousé une sirène, en allant accomplir son devoir marital, l’y a trouvée saine et sauve, sans nageoires ni branchies, mais s’étant parfaitement adaptée à la vie aquatique. Elle en ressortira quelques mois ou quelques années plus tard, repues des sciences de ses ravisseurs. Tous les villages environnants, ήawlé, son village natal, étaient totalement subjugués par son savoir étendu et son ésotérisme consistant. Elle faisait des miracles grandioses (elle-même étant miraculée), parmi lesquels, la rétention des bateaux à vapeur sur une même place, à la surface de  l’eau, ne pouvant ni avancer ni reculer sans qu’elle en eut  donné l’ordre.

Un jour, par un après midi de printemps ; alors qu’elle n’avait qu’entre douze et quatorze ans, envoyée pour apporter le repas à son père qui cultivait aux champs, elle traversa une grande forêt très touffue à l’époque ,entre ngawlé et Gasba (actuelle Podor). Elle aperçut, assise sur la branche d’un grand tamarinier, une  « génie »   entrain de se peigner les cheveux. En arrivant auprès de celle-ci, elle vit une mèche de son abondante chevelure traîner à même le sol. Elle s’en saisit prestement avant que l’autre réagisse en tirant fortement. La créature poussa un cri strident en implorant Peinda de laisser ses cheveux. Celle-ci lui rétorqua qu’elle ne le ferait qu’à  condition que l’extra- terrestre lui en offrit une mèche ; condition que l’autre accepta tout de suite. Jusqu’aujourd’hui, une partie de cette touffe est encore conservée à ngawlé, malgré le temps qui s’est écoulé.

Au fur et à mesure qu’elle grandissait, ses dons s’accroissaient, attirant tout le monde des eaux  et même d’ailleurs, au delà de sa propre ethnie. Des assoiffées de savoir, des curieux, et même des savants qui tentaient de se mesurer à elle. Elle dominera la scène de l’ésotérisme occulte durant toute cette période de sa vie. Une fois à FANAY DIERI, adoptée par sa sœur aînée, Maimouna Moussa, qui y était mariée, elle a été sollicitée par le grand Saint El Hadj Oumar TALL, qui l’avait priée d’être son économe, chargée du ravitaillement de son armée. Elle séjournera avec lui durant plusieurs campagnes au Mali, jusqu’au jour où, envahie par le mal du pays, elle eut envie de rentrer à ήawlé. Ne sachant que faire, elle invoqua mystiquement le secours de son père. Ce dernier lui répondit de la même manière, en lui transférant, télépathiquement un pouvoir lui permettant de se rendre invisible des humains et de la transporter de Ségou à Podor en quelques secondes. Ceci reste dans les annales de notre histoire comme étant un des faits les plus marquants de la puissance ésotérique du père et de la fille.  Les incantations invoquées par Moussa Boukari Sarr pour le retour de sa fille prodige, sont encore connues des initiés du village natal de PEINDA SARR. Elle a été presque centenaire. Elle a passé les derniers instants de sa vie à Saint – Louis du Sénégal, au quartier de Guet N’Dar. Mais c’est à Fanay walo, où elle a fait sa jeunesse qu’elle s’était mariée. Elle y a laissé une nombreuse progéniture, très mal connue des siens.

Sa tombe, à Saint Louis du senegal, a été vénérée à telle enseigne que les pécheurs (Lebous) de Ndar Samba, ont coupé les filets qui l’entouraient et puisé de la terre même pour en faire des amulettes et des reliques, convaincus que cela les aidera à améliorer leur pêche. PEINDA SARR reste une légende vivante, un mythe vénéré encore par plusieurs groupements ethniques non peulhs, qui croient dur comme fer que l’invocation de son nom seulement suffit, pour  se débarrasser d’une arrête de poisson plantée au fond de la gorge d’un glouton.

ABOU SARR

1 commentaire

LAISSER UN COMMENTAIRE