L’affaire Khashoggi, symptomatique d’un monde sous la coupole de la...

L’affaire Khashoggi, symptomatique d’un monde sous la coupole de la realpolitik

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Donald Trump, président très realpolitik.

La plume du journaliste saoudien Jamal Khashoggi s’est tue à jamais et de la manière la plus atroce.
Ce partisan de la liberté de la presse a été froidement assassiné, le 2 octobre 2018, alors qu’il se rendait à l’intérieur du consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul (Turquie). Après moult atermoiements, Riyad a reconnu le forfait intervenu suite à une bataille, selon un communiqué transmis samedi après minuit. Plusieurs lampistes ont été limogés alors que l’indignation internationale est à son comble.

Faut-il le rappeler, les premiers éléments de l’enquête de la police turque ont révélé que près de 15 mercenaire, venus d’Arabie saoudite, ont participé dans cette affaire. Les caméras de surveillance de l’aéroport d’Istanbul ont permis d’identifier les membres du comando dont un médecin légiste qui, selon les enregistrements obtenus de la montre Apple Watch de la malheureuse victime, “écoute de la musique en faisant ce travail”. Les détails sordides du crime sont dans les médias turcs et occidentaux.
Le silence du monde arabe en dit long sur le malaise et la gêne occasionnée par ce forfait commis par un pays, gardien des lieux les plus sacrés de l’Islam. Du Machrek au Maghreb, aucune voix politique ou religieuse ne s’est levée pour fustiger ce crime. Le silence vaut-il consentement? A moins que les libertés individuelles, les droits de l’homme et l’homme tout court soient une simple variable d’ajustement au nom de la sacro-sainte raison d’Etat? En réalité, l’omerta est mondial.
Après une rodomontade vite étouffée face à l’ampleur de la commande saoudienne (110 milliards de dollars d’achat de tanks américains et autres joujoux militaires qui ne vont peut être jamais servir), Donald Trump s’est converti à la realpolitik. Le fantasque président américain estime désormais “plausible” la thèse fournie par les saoudiens de peur, murmure-t-il en arrière plan, que le marché ne soit filé à la Russie. Quant au président français, Emmanuel Macron, il garde un silence éloquent sur l’insignifiance des droits de l’homme face aux intérêts commerciaux et à la raison d’Etat. Pour moins, l’Iran s’est vu au ban des Nations, accusé de tous les péchés d’Israël.
L’affaire Khashoggi le montre clairement, le monde qui flaire bon les idées des années 30, évolue sous la couple de la realpolitik et des intérêts commerciaux. “L’Occident a un prix” s’est exclamé un célèbre contestataire maghrébin, citant à raison, le silence des prétendus défenseurs des droits de l’homme dans le monde. Il va falloir désormais revoir nos prétentions à la baisse.

Ibrahima Dia Junior

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