Mauritanie : autopsie d’une victoire

Mauritanie : autopsie d’une victoire

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Par Dia Ibrahima Junior.

L’Union Pour la République (UPR) se dirige vers une victoire écrasante au terme du deuxième tour des législatives, régionales et municipales. Le parti au pouvoir obtient (selon les tendances) la majorité absolue au parlement, une mainmise totale ou presque sur les régions et cerise sur le gâteau, un certain plein dans les municipalités, des Hodh à la vallée et de Nouakchott à Zouerate.

Quant à l’opposition dite radicale, elle récolte des miettes. Trois députés pour le RFD, autant pour l’UFP. Ces deux formations réunies dans une FNDU au contour flou doivent assurément tirer les conclusions d’une débâcle électorale qui ne dit pas son nom.

Leur perte de terrain tient tant d’une stratégie de boycott qui perdure depuis 10 ans que du refus obstiné de faire la lecture d’un rapport de force défavorable.
L’opposition historique continue de payer pour avoir sous-estimé Mohamed Ould Abdel Aziz un certain 6 août 2008. Quant Ses barrons se sont empressés de soutenir le coup d’Etat qui mettait fin à la courte expérience d’un président civil, présumé démocratique élu, il n’était question alors pour l’opposition que de louvoyer avec l’auteur du putsch pour récupérer ce qui lui revient de droit. Grave erreur.

À l’époque, l’opposition dite démocratique pensait que l’auteur du coup d’Etat aller s’engager dans un scénario à la Amadou Toumani Touré (ATT) et lui léguer le pouvoir sur un plateau d’argent.

10 ans après les faits , ladite opposition n’est toujours pas revenue de ses premières erreurs.

Le boycott intempestif l’a vidé de ses meilleurs éléments dont Ba Adama Moussa , le lion de Boghé, élu aujourd’hui sous les couleurs de l’UPR dans cette municipalité de Boghé qui se prévaut à tort et à raison, de par l’histoire et les circonstances, la première du Fouta Toro.

La gifle subie tout au long de la vallée sonne le divorce entre l’opposition bourgeoise et démocrate et l’opposition populaire incarnée plus que jamais par le plus célèbre prisonnier politique de Mauritanie. A-t-on besoin de le nommer ?

Qu’on le veuille ou non, l’alternance politique se fera seulement si Biram Dah Abeid arrive enfin à être rassembleur et non pourfendeur, pour entériner une OPA amicale des partis dits compatibles (AJD-MR, Arc-en-ciel, APP, MPR, FPC …) qui lui reviennent naturellement. Que les Kane Hamidou Baba, les Balas et autres Ibrahima Sarr et Messaoud rangent leurs slogans solitaires au profit d’une union salutaire autour du leader légitime du progressisme en Mauritanie.

Evidemment, ladite alternance court un grand danger avec la montée en face de l’islamisme radical et modéré et avec la capacité de survie des partis de contribution (UFP,RFD) et des partis satellites du pouvoir.

A notre sens, le vrai ennemi de la démocratie, ce n’est pas l’UPR mais l’idéologie incarnée par l’extrémisme religieux.

En 2019, la Mauritanie aura non seulement à choisir son président mais aussi à opter entre deux islams. L’islam de la fermeture et l’islam de l’ouverture. L’islam takfiriste ou l’islam de Cordoue, d’Averroès, des sciences et des lumières .

Ce choix nécessaire entre l’islam radical et l’islam de chez nous, confréries est le grand thème des présidentielles de 2019 aux côtés de ceux permanents des droits de l’homme et de l’harmonieuse cohabitation nationale pour une Mauritanie indivisible mais plurielle, riche de ses différences linguistiques et culturelles.

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