Sélibaby, au bout du monde et des tracasseries

Sélibaby, au bout du monde et des tracasseries

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Neuf heures tapante, Arrivée au garage de votre humble serviteur aux yeux grands ouverts pour vous décrire avec le plus de précisions possible ce spectacle anarchique d’une belle culture noyée dans une effroyable désorganisation.

Sous un faible soleil éclairé, les darr’a « Boubous » bleu et blancs des braves mauritaniens s’entremêlaient, se croisaient, et se saluaient de vives voix avec à tous les coups de fous rires. Cette ambiance sereine m’a touché. Soudain je me sentais chez moi. Hélas, Mon bonheur n’a pas été de longue durée car observateur que je suis, j’ai inconsciemment tenté de trouver une voiture au plus vite. Destination, Sélibaby.

Les voitures de marque Renault, Mercedes et Peugeot de la fin des années 90 étaient plus nombreuses, mais nos yeux ne pouvaient ne pas se poser sur “la classe“ des voitures de transports : Les “Maritchoés“. Ces minibus climatisés blancs, d’une extrême rapidité (à l’échelle du transport mauritanien) qui semblent non seulement réservés aux mauritaniens les plus nantis mais aussi à une certaine classe de la société.

Car pour y accéder, il fallait démontrer sa « Mauritanitude », carte d’identité à l’appui et pouvoir débourser le billet du transport. Des tarifs exorbitants pour un citoyen de la classe moyenne. Attiré par ces voitures, mes pas me conduisirent jusqu’à l’homme en charge d’enregistrer les clients. ““Un maure en costume cravate dans une gare routière “. ce spectacle était tellement rare que lui-même semblait ne pas y croire.

Hélas, mon espoir ne que de courte durée. Je me vois refusé l’accès à ces voiture car n’ayant pas encore ma carte d’identité mauritanienne bien que titulaire de mon récépissé de recensement. Je lui demandais pourquoi ? Sur une voix sobre et l’air de ne pas s’intéresser à moi, il me répondit, « Trop de tracasseries ».

« Je vois », lui ai-je rétorqué. « Ce n’est pas grave, Je vais voir ailleurs ». Et c’est là que des agents commerciaux familièrement appelés
«cokseurs» m’ont sauté dessus, saisissant mes bagages et les lançant sur une vielle voiture. Sans me demander ou j’allais. Les négociations furent rapides. Car ces voitures sont trois fois moins chères que les « Maritchoés » mais aussi trois fois moins rapides avec trois fois plus de contrôles et de tracasseries sur la route.

1000 km me séparaient de la terre des ancêtres et je dois à chaque borne, montrer mes papiers. Etant jeune negro mauritanien qui a eu difficilement la possibilité de se faire enrôler sans avoir, comme les cousins boghéens, eu à répondre si je connaissais Bâ Souleye, j’arborais fièrement mon récipissé comme un africain sa carte de séjour en France. En dépit de ce répissé, on me signifia que l’accès à ces bus m’était interdit. Le “coxeur”, dans son boubou bleu impeccable me demanda si j’avais une carte d’identité. “Nous ne prenons que les mauritaniens”, lança-t-il le regard fuyant. “Il y’a trop de tracasseries avec les “étrangers”.

Ce à quoi je lui rétorquais. “Je suis bel et bien Mauritanien depuis au moins 8 siècles”. “Et voilà mon récépissé”. Hélas, apparemment ce n’était pas suffisant. J’ai dû reprendre mes bagages et filer vers les mercedes accessibles à 5000 UM. La désorganisation à la mauritanienne nous fit partir ce jour là à 11h. nous sortîmes de Nouakchott par le poste de Toujnine.

Le Contrôle sélectif est de rigueur. Délit faciès banalisé et trop apparent pour être tu par votre serviteur. Mon jean et ma chemise me dénonçait. Mon hassaniya dégradé m’a conduit à subir moult interrogations. Visite et contre visite à propos de ce récépissé pourtant délivré dans mon village Natal de Ould Yengé.

Quinze poste de contrôle plus tard, à 22h, nous atteignîmes Sélibaby. J’ai été particulièrement frappé par les tracasseries que subissent les étrangers tout le long du parcours. Pas un seul poste où ils ne sont débarqués, secoués conduits à l’intérieur et plusieurs fois rackettés au mépris de la loi et des traditions d’hospitalité mauritaniennes et africaines en général. Obligé de payer à tous les postes, ces étrangers garderont une mauvaise image de ce pays où apparemment la couleur noire porte préjudice.

La nuit à a Sélibaby, est effrayante. Cette obscurité digne d’un film d’horreur est l’ordinaire de la plupart des mauritaniens. J’étais bien arrivé. Cette ville décimée par la pauvreté est bien mienne. On se croirait en plein bombardement de Rakka.
Les charrettes, qui occupent les soit disant grands boulevard, complètent ce décors d’apocalypse. L’électricité, l’eau, la salubrité, un luxe après bientôt 60 ans d’indépendance.

A.S

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