Journées de concertation de l’UPR : Après le grand déballage, le chambardement?

Journées de concertation de l’UPR : Après le grand déballage, le chambardement?

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Journées de concertation de l’UPR : Après le grand déballage, le chambardement?

mar, 2018-03-06 10:30

Les travaux des journées de concertation de l’UPR, pour l’évaluation du parti et la redynamisation de ses structures, placées sous le thème : «Ensemble pour un parti plus fort», ouverts au Palais des Congrès du 2 au 4 mars 2018, ont été marqués par une visite du Président de la République, M. Mohamed Ould Abdel Aziz.

Visiblement, le Président Aziz, qui est également le fondateur du parti, est venu demander aux participants de soutenir le parti et de tout mettre en œuvre pour atteindre des résultats à la hauteur des espoirs placés en ces journées afin de renforcer le rôle de cette formation politique dans la promotion de la démocratie dans le pays.

Le hic est que le Président de la République a pris le micro et a tiré à boulets rouges sur l’opposition qui, à ses yeux, ne détient de programme que la haine et la division du peuple mauritanien.

Le Président Aziz dont la visite a fait pousser des ailes aux ténors du parti soulignera au passage que le processus de la construction et du développement que connait le pays depuis neuf ans, se poursuivra avec le soutien et l’appui des mauritaniens qui n’accepteront jamais le retour à un passé révolu.

«Cette page, nous l’avons tournée, et nous continuerons dans notre projet quoi qu’il en coûte. Il y a eu beaucoup de réalisations au cours des dernières années, mais il reste encore beaucoup à faire. Nous continuons dans cette voie et il n’y aura pas de vide», dira le Président Aziz, précisant que l’opposition

Prenant la parole à l’ouverture de cette occasion, le président en exercice du parti, Me Sidi Mohamed Ould Maham qui semble conscient de son inéluctable départ parce qu’un vrai coup de balai est prévu pour nettoyer et rendre propre et crédible le parti, prononcera un discours-bilan dans lequel il affirmera qu’il endosse seul toute la responsabilité des erreurs de parcours et de tout sentiment de la mission inachevée qui peut être ressenti par l’un ou l’autre des responsables et des militants.

Mais Me Sidi Mohamed Ould Maham insistera d’abord sur la personne du Président Aziz dont il louera la clairvoyance, le patriotisme et surtout l’agréable compagnie.

Il notera qu’après un «isolement» sur le plan international, la Mauritanie a fait «un bond» diplomatique basé sur «l’efficacité et l’équilibre» en tenant compte de «la souveraineté nationale et, avant tout, des intérêts du pays».

Située dans la région du Sahel en proie au terrorisme, la Mauritanie a pu également éloigner, selon Me Ould Maham, le spectre du terrorisme hors de nos frontières après que les rues de Nouakchott étaient le premier théâtre du terrorisme. «Le système de sécurité et de défense le plus puissant de l’histoire du pays a été mis en place», dira-t-il.

On le voyait venir, ce changement à la tête du parti du Président de la République et certains analystes l’avaient décrit comme un coup d’Etat politique contre le président du parti Me Sidi Mohamed Ould Maham et certains de ses assistants. Le profil bas que celui-ci avait adopté depuis son discours du stade de Mellah pour le lancement de la campagne du référendum du 5 août pour les amendements constitutionnels, ne laissait aucun doute, mais le Président Aziz se devait laisser passer l’orage.

Le retour de la brousse du Tiris Zemmour, en janvier dernier, du fondateur du Parti, et la rentrée politique dont il a annoncé les couleurs avec la mise en place d’un comité technique de haut niveau pour diagnostiquer et réformer le Parti dont était membre le maire de Zouerate, Cheikh Ould Baya, le plus fidèle des fidèles, achevait de convaincre que la confusion qui a régné au sein de la majorité, sera suivie d’un séisme tellurique.

Les recommandations issues de ces journées consultative de l’UPR en disent long sur la suite à venir. En effet, les recommandations de ce conclave ont souligné la nécessité de définir la relation entre le parti et le parlement et le gouvernement, et d’élever le niveau du discours politique pour aborder les questions fondamentales, de réduire les membres du Bureau exécutif et de constituer un bureau politique avec certaines réserves concernant la réduction des membres du Conseil national du parti, tout en approuvant l’âge des jeunes membres à 35 ans.

De même que les recommandations suggèrent l’adoption de la consultation avec les bases politiques dans la sélection des candidats lors de la prochaine phase, et le lancement d’une campagne d’adhésion dès que possible pour le renouvellement des organes du parti.

Attention à la mauvaise foi …

Non seulement depuis janvier 2018, le pays semble plongé dans une réelle dynamique de campagne présidentielle avec le réveil du FNDU après le « choc » du référendum du 5 août et la remise à neuf de l’UPR, mais l’interview accordée à Jeune Afrique le 25 février 2018, par le Président Aziz et dans laquelle il affirme qu’il respectera la Constitution et ne briguera pas un troisième mandat présidentiel, a accéléré cette bougeotte politique.

Ce qui, vu sous l’angle des préparatifs pour la présidentielle de 2019, laisse penser qu’en vérité, on joue le trouble-fête. Vient ensuite Ahmed Ould Yahi, leader d’une initiative dite d’«un million de signatures pour imposer un troisième mandat au président Ould Abdel Aziz», qui est reçu au palais présidentiel par le Président Aziz, ce même vendredi 2 mars 2018 où l’UPR a décidé de réfléchir très sérieusement sur les voies et moyens de colmater les brèches, élaborer des discours mobilisateurs pour convaincre l’opinion nationale et, pourquoi pas, sa stratégie de combat pour garder la main sur la scène politique.

D’ailleurs, Ould Iyahi, loin d’être découragé, a souligné que les démarches pour l’aboutissement de l’initiative se poursuivront afin de collecter le million de signatures, qui permettrait d’imposer les amendements de la constitution et maintenir Ould Abdel Aziz au pouvoir.

Riche en rebondissements, l'interview du Président Aziz avec Jeune Afrique fera même réagir l'ambassadeur de France, accrédité en Mauritanie, SEM. Joel Meyer qui dira, en réponse à une question au sujet du départ du président mauritanien du pouvoir en 2019, lors d'une conférence de presse organisée, mardi 27 février, par la Délégation de l'Union

Européenne à Nouakchott, qu'il était confiant en le successeur du Président

Mohamed Ould Abdel Aziz, qui qu'il soit et car il continuera avec le même sérieux à lutter contre le terrorisme et à défendre les frontières.

Les dés sont-ils jetés ? Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que le Président de la République ne cache pas ses intentions de se draper dans son parti, l’UPR, pour, sinon de reprendre le pouvoir, du moins garder la main sur le pays.

Mais cet activisme dont fait preuve l’UPR ces derniers jours en organisant des journées de concertations ainsi que le déplacement du Président Aziz qui est venu, tel le vrai président du parti, ouvrir les travaux, ne seraient-ils motivés par une crainte de démobilisation, depuis cette interview avec Jeune Afrique, la mauvaise foi jouant toujours des mauvais tours ?

Le Président Aziz et les ténors et des barons, dont le souci premier est de maintenir sur la scène l’UPR, veulent-ils ainsi mobiliser, même contre leurs volontés, tous les leurs avant que la tribu (pardon, le parti) ne s’éparpille, elle qui adhérait dans la démocratie du pouvoir du Président sortant ? Peut-être bien, sinon comment expliquer cet empressement de restructurer l’UPR pour donner l’image d’être le plus grand des partis politiques, «le parti-réconciliateur qui a brisé la glace» et «le fervent défenseur de la démocratie» ?

Un dangereux calcul qui augure d’un caractère tribal, clanique, régionaliste et sectaire des élections prochaines, alors que tout le monde s’accorde à vouloir rompre avec les pratiques anciennes qui avaient caractérisé les premières démocraties de 1992 à nos jours.

Quoi qu’il en soit, le Président Aziz est bien sorti de sa réserve pour jouer son va-tout, s’affiche, parle avec franchise. Non seulement, il se refuse à faire de l’ombre mais il veut dire à tout le monde, ici et ailleurs, qu’il se refuse à être hors course. Il sait que l’avenir de ses hommes dépend de lui et c’est sous la houlette d’un autre homme, presque lui-même auquel il remettra le gouvernail, qu’il entend les sortir de cette zone de turbulence politique, sachant que rien de magique ne réussira à changer la donne, que l’opposition ne pèse aucun poids sur l’échiquier politique, n’a pas un électorat à même de s’opposer à sa volonté. Est-ce à la musique militaire et au bruit des bottes que dansera la scène ? Une chose est sûre : Rien ne devra être négligé pour assurer la victoire.

Pendant ce temps, le bloc de l’opposition radicale, le FNDU (Forum national pour la démocratie et l’Unité) organisait, samedi 3 Mars, en début d’après-midi, un meeting au secteur 16 de Tarhil, dans le Sud-est de Nouakchott pour dire que le Président Aziz, qu’il « le veuille ou pas », quittera le Pouvoir en 2019, car la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat.

Pour le président du parti le Rassemblement national pour le développement et la réforme (Tawassoul), M. Mohamed Mahmoud Ould Seyidi, «la présence du président Ould Abdel Aziz avec ses militants et ses déclarations en tant que Président ont contredit ses propos lors de l’interview qu’il a accordée à Jeune Afrique, il y a quelques jours». Le Président a semé le doute, «infecté» la scène politique en disant que la porte est fermée devant l’opposition.

C'est dire que le pays est bien lancé dans sa campagne présidentielle de 2019, les joutes de 2018, législatives et conseils régionaux, passant pratiquement au second plan même si, pour une fois, l'opposition radicale compte bien y participer pour rattraper le temps perdu.

L'UPR qui compte réunir son Conseil national le 5 mars courant, lancer ses adhésions, installer ses nouvelles cellules, sections et fédérations avant la fin du mois d'avril et convoquer un congrès général pour désigner sa nouvelle direction, est bien parti pour mettre la main sur la plupart des conseils régionaux et éviter au Pouvoir de son Président d'avoir une wilaya dirigée par un opposant radical qui peut lui faire des ennuis.

Reste à savoir quelle part du gâteau des municipales, législatives et conseils régionaux saura concéder le Pouvoir au FNDU et le RFD ainsi qu'à l'opposition dialoguiste. Tout un programme !

MOHAMED OULD KHATTATT

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