A. Guterres (ONU): «combattre toutes les manifestations de sectarisme en RCA»

A. Guterres (ONU): «combattre toutes les manifestations de sectarisme en RCA»

5
0
PARTAGER

RFIAntónio Guterres achève ce vendredi 27 octobre sa visite en République centrafricaine. Une visite qui vise à replacer la Centrafrique dans les radars de la communauté internationale, alors que les indicateurs sécuritaires et humanitaires sont au rouge.

La Minusca elle, est très critiquée en Centrafrique pour son incapacité à empêcher les violences. Face à cette situation, le secrétaire général des Nations unies a demandé au conseil de sécurité à l'occasion du renouvellement du mandat de la mission onusienne en novembre, 900 casques bleus supplémentaires.

Comment mieux protéger les civils? Comment empêcher les abus sexuels commis par les troupes onusiennes? Un nettoyage ethnique est il à l’œuvre en RCA? António Guterres répond aux questions de RFI.

Rfi : António Guterres, vous vous êtes rendu mercredi à Bangassou, ville attaquée il y a cinq mois et toujours coupée en deux. Est-ce que c’est l’un des symboles du nettoyage ethnique que vous dénonciez récemment ?

António Guterres : Pas encore, mais il y a un risque effectif. Je crois qu’en général les guerres religieuses ont toujours une origine politique. Les musulmans et les chrétiens ont vécu en Centrafrique pendant des décennies, des siècles, d’une façon générale avec une complémentarité, d’ailleurs, dans leur profession, dans leurs intérêts économiques…

Et la vérité c’est qu’à un moment donné des responsables politiques, pour des finalités égoïstes et de manipulations politiques, ont – je dirais – réussi à créer un environnement de méfiance et quelquefois d’hostilité entre les deux communautés. Et il faut absolument combattre cela !

Il faut que les gens apprennent à vivre ensemble de nouveau et il faut combattre toutes les manifestations de sectarisme. Si on ne le fait pas – et d’ailleurs là, la Minusca a un rôle essentiel à jouer – on risque d’avoir, premièrement : une fracture entre les deux communautés et deuxièmement : des nettoyages ethniques dans certaines zones où une des communautés est minoritaire.

La Minusca est souvent critiquée ici pour son incapacité à empêcher les violences et à protéger efficacement les civils. Comment améliorer cela ?

Premièrement, la Minusca est une force de maintien de la paix. Le drame c’est qu’il n’y a pas véritablement de paix à maintenir et on demande à la Minusca qu’elle fasse une protection des civils, dans des circonstances où les civils sont attaqués par des groupes armés, quelquefois avec des armements et des capacités qui sont assez importants.

Il y a, on le sait, des trafics d’armes qui viennent notamment de la République démocratique du Congo, et on a vu dans l’opération de Bangassou, qu’il y avait une planification quasi-militaire, dans la façon dont la ville a été prise, et les accès ont été bloqués pour éviter que la Minusca ne puisse opérer.

Il faut renforcer la capacité de la Minusca en dimension. C’est pour cela qu’on a demandé un bataillon additionnel au Conseil de sécurité, mais renforcer aussi en moyens opérationnels. Il faut plus de voitures blindées, il faut aussi une meilleure mobilité.

Et on a vu que quand les hélicoptères peuvent, par exemple être utilisés, le mouvement peut se faire. Mais quand on prend trois semaines pour aller de Bangui à Bangassou par route, on comprend les énormes difficultés de cette mission de maintien d’une paix qui véritablement n’existe pas.

Est-ce qu’il n’y a pas aussi un problème de qualité, d’efficacité de certains contingents.

Naturellement qu’il y a une certaine hétérogénéité, mais nous sommes en train d’améliorer la capacité de la force. Il y avait même un contingent qui a été renvoyé et qui a été remplacé par des éléments qui, à mon avis, sont mieux préparés et il y a un effort d’entraînement à faire et d’amélioration de l’équipement. Vous avez vu beaucoup de forces qui sont dans des pick-up, dans des zones dangereuses.

Cela veut dire sans aucune protection blindée. Il faut que les conditions de travail pour les Casques bleus puissent correspondre au niveau de danger auquel ils font face.

Qu’est-ce qui doit changer dans le mandat qui sera d’ailleurs renouvelé le mois prochain ? Peut-être un changement de stratégie ou d’approche ?

Je crois que le mandat nous permet une interprétation plus robuste, mais je crois que la question essentielle est une question de moyens. Et après, avec des moyens et avec une amélioration opérationnelle, et en essayant de garantir une progressive amélioration de la qualité de la performance, on sera en conditions d’améliorer substantiellement la protection des civiles, même en tenant compte que c’est un pays énorme, avec une grande imprévisibilité des violences, parce que ces groupes armés apparaissent n’importe où et d’une façon difficile à prévoir. Raison pour laquelle on voudrait avoir des drones aussi. Naturellement, ce sera toujours difficile de garantir une efficacité à 100 %.

Mais je crois qu’il y a des choses à améliorer. Et nous avons discuté avec le commandant de la force pour savoir quelles sont les mesures que l’on peut prendre – avec les ressources limitées dont on dispose, mais j’espère aussi avec les décisions positives du Conseil de sécurité – pour améliorer la capacité opérationnelle de la force, et en conséquence, le niveau de protection accordé aux civils en République centrafricaine.

La crise humanitaire s’aggrave également, comment remettre la Centrafrique au cœur des préoccupations de la communauté internationale ?

C’est la raison de cette visite. On a décidé de célébrer la journée mondiale des Nations unies ici, en Centrafrique, exactement parce qu’on croit que la Centrafrique est une crise oubliée largement par la communauté internationale, qui est concernée. Et ça, on peut le comprendre par ce qui se passe en Corée du Nord, la menace nucléaire, par le Moyen-Orient qui devient de plus en plus compliqué, par un certain nombre d’événements qui attirent l’attention des médias, des parlements et des responsables politiques…

Il faut remettre la Centrafrique dans la carte des préoccupations des responsables politiques dans le monde. Je crois que les conditions vont nous permettre de mieux financer le plan humanitaire, qui maintenant est financé à moins de 40 %, même si ce plan est un plan – je dirais – très prudent, mais qui nécessairement a besoin d’un financement à 100 % pour être efficace.

En même temps il y a des problèmes d’accès parce que la Centrafrique est le pays du monde où l’action humanitaire est la plus dangereuse. Nous avons eu 12 morts – travailleurs humanitaires – en Centrafrique cette année, d’où l’importance d’une capacité de la Minusca, accrue aussi, pour permettre une aide humanitaire plus étendue dans le territoire.

Les ONG parlent souvent du fait qu’elles sont prises pour cible et demandent une plus grande distinction entre le volet militaire et politique de l’opération de maintien de la paix, d’une part, et son volet humanitaire. Est-ce que vous entendez cette préoccupation ?

On a discuté avec les ONG hier : il y a un accord [sur le fait] que l’espace humanitaire doit préserver son autonomie. C’est-à-dire qu’il faut que l’activité humanitaire obéisse au principe humanitaire. J’ai été chef d’une agence humanitaire pendant une décennie, je sais très bien ce que cela veut dire.

C’est l’impartialité, la neutralité, l’indépendance… Le problème, c’est que [étant donné le contexte en] République centrafricaine, les humanitaires eux-mêmes ont besoin de la protection physique d’une force militaire. Et c’est là qu’il est quelquefois difficile de garantir cette autonomie de l’espace humanitaire, qui est en tout cas un principe essentiel qu’on doit préserver dans toutes les conditions possibles.

Les Casques bleus sont régulièrement accusés ici d’abus sexuels. L’ONG AIDS-Free World accuse les Nations unies de bâcler les enquêtes préliminaires. Qu’est-ce que vous répondez ?

Maintenant on a complètement décidé de faire un travail très sérieux pour éliminer, si possible, les abus sexuels de tous les personnels des Nations unies. C’est absolument inacceptable qu’une force de protection puisse commettre des crimes d’abus sexuels. On a nommé maintenant une avocate des droits des victimes au niveau global et il y a aussi une avocate au niveau de la Centrafrique.

Moi-même, hier, j’ai eu l’occasion d’avoir une réunion – séparée, naturellement – avec deux des victimes. Leur demande essentielle est une demande de justice. On est en train d’améliorer notre système interne d’investigations.

En même temps, on a fait un travail en profondeur de rapport avec les pays qui contribuent aux troupes, qui nous a permis pendant l’Assemblée générale des Nations unies, de signer un contrat de bonne conduite et d’engagement à lutter contre l’impunité, avec quelque 80 gouvernements, d’avoir un cercle de chefs d’Etats, chefs de gouvernement, qui assument la priorité du combat contre l’abus sexuel, notamment de leurs troupes. Il a été constitué avec une cinquantaine de chefs d’Etats et de gouvernement.

C’est-à-dire que, vraiment, on s’engage à garantir que les Etats assument leurs responsabilités. On est en train aussi de créer les mécanismes internes pour éviter les situations comme celles qui, malheureusement dans le passé, pourraient soulever des critiques [en raison de] l’inexistence d’un mécanisme suffisamment efficace d’investigations de ces crimes.

RFI

Original Article

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE