Abdel Aziz – Bouamattou ou le tazabout du marabout de Lemden

Abdel Aziz – Bouamattou ou le tazabout du marabout de Lemden

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« On peut ne pas avoir à manger mais on a toujours quelque chose à dire », un adage bien de chez nous. Les Mauritaniens, n’ayant pas le loisir de manger à leur faim, en ces jours de dèche, ils ont quand même des sujets de débat et de discussion : la Polyclinique qui serait sur le point d’être vendue par Abdel Aziz ; la volonté de ce dernier de bientôt faire déguerpir les habitants de la BMD ; la rénovation de la rue goudronnée venant de l’église et le prolongement de l’avenue Kennedy, du fait de la construction d’un immeuble qui va abriter une banque des proches du Président…Mais de tous ces sujets, celui qui enflamme le plus les discussions c’est la guerre ouverte entre des cousins – hier meilleurs amis du monde au point que l’un a contribué largement à l’arrivée au pouvoir de l’autre ; mais des cousins-amis devenus des ennemis mortels dont l’affrontement influe dangereusement sur la situation du pays. D’aucuns glosent que cette affaire nauséabonde est l’une des conséquences de la malédiction (tazabout) du marabout de Lemden, l’ancien Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi (Sidioca).
L’épilogue de cette guerre des cousins peut, certainement, intéresser les mauritaniens. Si Abdel Aziz a éjecté Sidi de son fauteuil présidentiel, c’est surtout Ould Bouamattou qui a fait légitimer cette forfaiture pour son cousin. L’homme d’affaires et son réseau n’ont ménagé aucun effort pour faire passer cette pullule amer auprès des nations civilisées. Aucune de ces nations ne voulaient d’un coup d’état à leur tête la France. Mais on se souvient encore de la phrase de Sarkosi à partir du Niger où il était venu confirmer l’OPA de la France sur l’uranium de ce pauvre pays d’Afrique.
Sarkosi a dit : « les mauritaniens ne sont pas contre ce coup d’état ». C’était au moment où des marches quotidiennes sont organisées contre ce coup de force contre le premier président démocratiquement élu du pays. Jamais la Mauritanie n’a connu une dynamique de cette ampleur pour dénoncer et rejeter le pouvoir de la junte militaire. La majorité de la classe politique et la jeunesse étaient dans la rue pour protester contre le putsch. Des manifestations réprimées férocement par la junte. Aux yeux de Sarko, ceux là ne comptent pas.
Par ses entrées à l’Elysée, le cousin homme d’affaires contribuera à légitimer le coup d’Etat de son cousin Président. Il avait mis à contribution le Président Wade (et ses enfants) et les accords de Dakar avaient été scellés, scellant du coup le sort du pouvoir de SIDIOCA. En tout cas, les accords de Dakar n’ont jamais été respectés par Abdel Aziz et ses amis et ce non-respect signera le début de l’échec du camp opposé au coup d’Etat.
Quant à Ould Bouamatou, en bon serviteur de son cousin-Président, avec son réseau et l’appui du Président Wade, il assurera à Abdel Aziz, lors des élections de Juillet 2009, une victoire au premier tour avec un taux acceptable, scrutin dénoncé par l’opposition qui le qualifia de frauduleux ; certains parlant même de « bulletins qui migrent ». Quoi qu’il en soit, le « réseau » s’activera à faire avaler à l’opinion (nationale et internationale) cette victoire obtenue, selon les « mauvaises langues », grâce une fraude électorale de haute technicité.
Aussi, tout le monde se rappelle des moyens déployés pour faire élire coûte que coûte le cousin putschiste, moyens gigantesques que le cousin homme d’affaires n’avait pas hésité à mettre à disposition. La campagne avait été menée tambour-battant et d’aucuns n’avaient pas hésité à parler de « campagne GBM », du nom de la banque de Bouamatou que le pouvoir veut mettre aujourd’hui à genoux. Et seul Bouamatou connait combien de milliards avait-il dépensés pour assouvir l’ambition présidentielle de son cousin ; tout comme seuls lui et le Président Abdel Aziz savent, véritablement, l’origine de leur guerre aujourd’hui.
Mais ce que le peuple sait c’est que Bouamatou avait contribué à créer et à renforcer celui qui allait devenir plus tard son pire cauchemar ; un homme qui veut le réduire au néant en lui arrachant tout. Ses amis subissent les dégâts collatéraux de cette guerre et des journalistes sont aussi visés.
Ce que le peuple sait aussi, c’est que ces deux cousins, meilleurs amis hier et pires ennemis aujourd’hui, avaient causé un énorme tort au Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et à la démocratie naissante d’une Mauritanie malmenée.
Ce que le peuple sait surtout c’est que maintenant, c’est le tour des deux cousins de se trouver dans la boue après avoir trainé SIDIOCA dans la gadoue. C’est sans doute l’une des manifestations de la « tazabout » (malédiction) du marabout de Lemden (village du Président Sidi) qui, doucement mais sûrement, égrène son chapelet. En tout cas, vrai ou faux, la croyance populaire veut qu’on ne provoque pas sans conséquence les larmes d’un saint homme ; le résultat c’est qu’on le paye cash.
On le voit, si le cousin Président fait du malheur à son cousin homme d’affaires, lui-même est loin d’être heureux, à en juger par les nombreuses catastrophes qui lui tombent dessus : de la mystérieuse balle « amie » au résultat calamiteux d’un référendum peu populaire…
En tout cas, personne ne pouvait imaginer qu’aujourd’hui les rapports entre les deux cousins connaîtront une telle intensité, mais il est certain que tous les deux gagneraient beaucoup à se faire pardonner par le marabout de Lemden pour ne pas continuer à souffrir des effets terribles de la tazabout de SIDIOCA.
Pour le moment et visiblement Abdel Aziz semble l’emporter mais pour combien de temps encore ? Car rien ne dit que le Président Abdel Aziz a définitivement anéanti l’homme d’affaires Bouamatou, l’homme aux réseaux ? Rien ne dit que le cousin homme d’affaires à qui on attribue (à tort ou à raison) l’échec du referendum, n’aura pas plus tard le dessus, les voies du Seigneur étant impénétrables.
En tout cas, la Tazouba fait son effet et le peuple, pauvre spectateur, se confond de jour en jour avec la misère et la peur des lendemains de cette Mauritanie réellement perdue.
Camara Seydi Moussa

La Nouvelle Expression

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