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dia_ibrahimaLa déclaration fracassante, en février 2015,  de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, traitant son successeur «d’esclave» et jurant de le vendre «si l’on était encore en ces temps-là» avait connu une résonance particulière en Mauritanie et dans tout l’espace saharo-sahélien.

Au lieu de répondre à de tels propos par une posture républicaine, les soutiens du président Macky Sall ont tenu séance tenante à envoyer une équipe de journalistes à Ndouloumaaji, son village d’origine, en plein coeur du Fouta Toro.

Là, un gros plan fut fait sur les vieillards à dessein de prouver que le locataire du Palais de Roum était «noble». Quelle débauche d’énergie. Et comme si les nombreux témoignages ne suffisaient pas, il a fallu qu’un soi-disant «esclave» vienne s’humilier devant l’objectif des photographes pour proclamer sa condition d’esclave et sa fierté d’avoir Macky Sall comme maître. Ahurissant! Le président sénéglais serait-il donc esclavagiste? Quelle mascarade!

Au final, les paroles irresponsables de monsieur Wade sont répondues avec des attitudes tout aussi irresponsables qui montrent que les intellectuels africains de l’Ouest ne sont pas encore sortis de leurs castes pour devenir des citoyens. Le débat sur l’esclavage a été longtemps occulté, tout comme celui portant sur les castes dans une Afrique qui avait à coeur de se libérer d’abord  du jougs colonial.

En Mauritanie, l’esclavage en milieu maure, de loin le plus visible et le plus important, a occulté le débat nécessaire sur l’esclavage en milieu négro-africain. Comme le disait le politicien  Kane Hamidou Baba dans un débat télévisé, «il faut libérer l’esclave où qu’il se trouve».

Or, nombre d’intellectuels mauritaniens qui ne dorment pas avant de lire Karl Marx n’accepteraient pas de donner la main de leurs filles à un être de «rang inférieur». Ces mêmes mauritaniens affichent la photo de Mandela sur leur Facebook et récitent par cœur les déclarations de Malcom X mais ne souffriraient pas de prier derrière un soi-disant esclave. Quelle méconnaissance de l’islam.

Chers frères, on ne peut pas vouloir tout et son contraire. Si l’on veut une société égalitaire en Mauritanie, pensons aussi à balayer devant nos portes. Souvenons-nous qu’il y a moins d’un siècle, les blancs nous déportaient en Amérique au seul prétexte que nous sommes des sous hommes, que nous n’avons pas le droit de monter dans un même bus qu’un blanc. Comment un peuple qui a vécu tout cela continue de l’appliquer à une partie de lui même? Il est temps que les mauritaniens, blancs, noirs ou jaunes, se mettent d’accord pour sortir de la tribu et de l’ethnie afin d’embrasser la citoyenneté pleine et entière. C’est là où le rôle de l’Etat est attendu. Or, à défaut de jeter les fondements de cette citoyenneté basée sur l’égalité des chances et la neutralité administrative, l’Etat a repoussé les mauritaniens dans leurs appartenances claniques et villageoises.

Aussi, notre pays s’apparente à une fédération de villages, de clans, d’ethnies et de tribus qui ne dit pas son nom. A l’occasion de la dernière visite du President de la république dans les deux Hods on a vu la survivance des vieux legs cachés dans un vernis de modernisme superficiel et bédouin. L’Etat traite plus avec les chefferies que les députés qui, eux, ne semblent représenter que leurs partis ou eux mêmes.

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