M&M chez le président des pauvres

M&M chez le président des pauvres

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imagesL’appel du muezzin tira M& M d’un long sommeil, interrompant un rêve bien engagé. Et quel rêve !

 

Il s’était vu enfin reçu par le «Président des pauvres » dans le grand salon du Palais Gris qu’il connaissait par cœur grâce à son assiduité légendaire pour les programmes de la TVM. « Je te remercie pour ton soutien important lors de la campagne. J’ai vu et entendu tout ce que tu as fais. Tu as mobilisé tes parents et ton argent pour me soutenir. Sache que tu es l’une des rares personnes à l’avoir fait de manière désintéressée ». Assis en face du Président des pauvres qui le dominait sur son fauteuil majestueux, M&M buvait ces douces paroles comme du miel. Sa moustache fulminait devant cette reconnaissance méritée. Ses oreilles bourdonnaient de plaisir. Sa tête et son corps gonflaient de joie. Il a bien été inspiré d’acheter son costume trois pièces qu’il avait acheté la veille à crédit chez un importateur chinois à 30 000 ouguiyas, pratiquement la moitié de son salaire. Mais Allah soit loué, à la sortie de cette audience, il va rembourser ce « misérable commerçant » qui a eu l’audace de douter de sa parole en exigeant une pièce d’identité en gage. Les remerciements du président des pauvres pleuvaient sur M&M comme un heureux présage, une douce revanche pour celui qui s’était rêvé en ministre des Travaux finis durant toute la campagne électorale. Ainsi, il ne s’était pas trompé. Dès le coup d’Etat du 6 août 2008, il avait choisi son camp : celui du vainqueur le plus probable. M&M qui ne rate aucun flash de RFI, de BBC et d’Al Jazeera avait fait son pronostic tout bête, en pensant qu’en Afrique on ne peut gagner les élections sans avoir l’armée et l’argent.

Sa femme, la forte Tettou, native de Trarza et lointaine cousine de l’un des candidats, lui en avait mortellement voulue.

Mais dès qu’elle vit son mari nommé « commissaire à l’animation de la candidature du Président des pauvres à la Socogim, elle mit de l’eau dans son zrig. Qu’elle ne fut sa fierté de voir une belle tente dressée contre le mur de sa maison, de voir les femmes du quartier la surnommer « Madame la présidente ». Son mari, pauvre mais fier de ses racines, fit amener un petit troupeau de mouton du fin fond de la Mauritanie, qu’il factura généreusement à l ‘homme important qui lui avait confié le soin d’animer la campagne à la Socogim. Par la suite, face à la concurrence, M&M a dû se battre pour conserver son prestigieux poste de « commissaire à l’animation ». Pour cela, il usa de ruses, de persuasions, de sciences occultes et, décision douloureuse, s’endetta.

En tout, il a dépensé 2 millions d’ouguiyas, obtenus par la vente d’un terrain acquis au noir du temps de l’ancien régime. A cela s’ajoute l’emprunt contracté auprès d’un autre commerçant. Ces dépenses déclenchèrent beaucoup de rumeurs dans la Socogim. Il se disait que M&M a reçu une valise d’argent qu’il a détourné, ne donnant aux autres que des miettes. M&M entendit ces paroles et en tira un grand motif de fierté. «Ne leur répond pas, criait-il à Tettou, tant qu’on ne te taxe pas de voleurs dans ce pays, tu es misérable. Je ne fais pas de la politique pour rien ». La joie de M&M atteint son comble quand un journal obscur de la place lui consacra un long entrefilet, titré : «La fortune soudaine de M&M : comment le futur président des pauvres a rapporté ses ambitions sur un fonctionnaire obscur, devenu un important dispositif de la campagne à Socogim ?». Ce jour là, il se dit que l’objectif est atteint et fit discrètement remettre au journaliste en question 10 000 ouguiyas.

Le lendemain, son patron, cousin de l’un des candidats de l’opposition, lui infligea une sanction disciplinaire en lui rappelant qu’un fonctionnaire ne doit pas faire de la politique d’après la loi Mauritanienne. Mais Dieu est miséricordieux. Voilà enfin le grand soir. M&M est devant le président des pauvres.

Après l’avoir remercié pour la énième fois, celui-ci lui posa soudain cette question piège : «comment pourrons nous vous remercier de tous vos efforts ? » En ce moment, M&M faillit tomber à genoux. Il s’imagina à la tête de son service, se vengeant de son chef. Mais à quoi bon diriger une boîte appelée à être privatisée et où il n’y a pas de thieb thieb ? Allez M&M, ne soit pas modeste, pensa-t-il. Avec ces gens là, il ne faut pas avoir froid aux yeux. Demande le maximum ». Un poste de Wali?   Ce n’est pas dans l’air du temps. Encore moins un petit poste de Préfet qui peut te mener dans une province perdue. Non, tout cela n’est rien. M&M veut prendre la revanche sur le destin, sur la société. Il en a marre d’être considéré comme un petit fonctionnaire dans sa famille, chez les siens. Il lui faut une VX vrombissante, une villa à Tevrag Zeina, des tickets carburants, des terrains, des serviteurs et plein de gens chez lui le soir. Il lui faut quelque chose comme la SNIM, même s’il n’a pas de diplômes. Ah ces foutus diplômes.

Le voilà donc en face du président qui lui parle qui lui annonce sa nomination : «Compte tenu de tous vos efforts, et après consultation, nous allons vous nommer … ». Ce fut là que l’appel puissant du muezzin faillit emporter le toit de zinc qui abritait M&M et sa famille. Un appel puissant au devoir qui tira M&M d’un rêve langoureux où il était tout près du but de sa vie. Il bondit comme un arc, étouffa un juron, psalmodia quelques versets, chargea Satan de tous les maux avant de retomber désenchanté sur le vieux matelas, tout près de la grosse Tettou qui ronflait avec autorité. Vexé, M&M maudit toutes les campagnes électorales et tous les hommes importants qui nomment les « commissaires à l’animation » du monde entier. «Quel rêve, si près du but », ne put-il s’empêcher de penser alors que le grognement sourd de Tettou le ramenait pour de vrai à la réalité. «hier, en ton absence le boutiquier a envoyé deux fois son fils. Il veut que tu le payes aujourd’hui même » !

 

 


 

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