De derrière les barreaux, mon espérance !

De derrière les barreaux, mon espérance !

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Le militant anti-esclavagiste pacifique Biram Dah Abeid est détenu à la prison d’Aleg, au centre de la Mauritanie, depuis un an.

Au milieu de cette vaste étendue de sable qui accueille des bâtiments austères à la peinture défraichie par les rayons du soleil d’Aleg, croupit un homme qui n’a rien fait de mal. C’est ici, dans cette ville ironiquement situé sur « la route de l’espoir » de la Mauritanie, que les autorités mauritaniennes ont décidé de garder ceux qui ont osé marcher pour dire non à l’esclavage.

Je m’appelle Biram Dah Abeid. Toute ma vie, je l’ai dédiée à la lutte contre l’esclavage en Mauritanie. Ma caste, les Haratines (nom donné aux esclaves et anciens esclaves), se compose d’Africains noirs assimilés par leurs suzerains arabo-berbères de Mauritanie qui les ont soumis à l’esclavage. Je fais partie de ces dizaines de millions de descendants d’esclaves qui constituent l’importante diaspora noire dans le monde arabe. Mon père a été affranchi par le maître de ma grand-mère et est né libre.

Aujourd’hui, je vous écris du fond de ma cellule de la prison d’Aleg où je célèbre un triste anniversaire. Depuis bientôt un an jour pour jour, je suis en détention. C’était le 11 novembre 2014 que j’ai été arrêté avec d’autres militants anti-esclavagistes pour avoir mené une campagne pacifique contre la pratique de l’esclavage et sensibiliser la population mauritanienne sur la question du droit foncier des descendants d’esclaves.

Dans mon pays, la Mauritanie, des familles entières appartiennent encore à la famille de leurs maîtres, et sont contraintes de servir toute leur vie leurs propriétaires. La pratique de l’esclavage se perpétue dans ce pays. De plus, beaucoup de descendants d’esclaves continuent de travailler sur des terres sans aucun droit et sont contraints de donner une partie de leurs récoltes à leurs potentiels maîtres traditionnels.

Mon crime : lutter contre l’esclavage

Mon organisation IRA Mauritanie (Initiative de Résurgence pour le Mouvement Abolitionniste) milite depuis près de 10 ans contre l’esclavage, l’injustice et l’impunité. Des Mauritaniens noirs vivent encore sous le poids de l’oppression, du mépris et du racisme par des minorités ethniques et confessionnelles qui continuent à piller la terre, accumuler des ressources et asseoir leur autorité.

Curieusement, en préparation de l’Examen périodique universel (EPU) ce 3 novembre 2015, le gouvernement mauritanien a commencé un « lifting » juridique

En Mauritanie, des militants anti-esclavagistes, des défenseurs des droits humains comme moi sont régulièrement emprisonnés. Ces cinq dernières années, j’ai été trois fois détenu en prison. Mon crime : lutter contre l’esclavage. Des événements aussi importants de ma vie d’homme comme la naissance de ma fille m’ont trouvé en prison. J’y ai également fêté mes 50 ans le 12 janvier dernier.

Curieusement, en préparation de l’Examen périodique universel (EPU) ce 3 novembre 2015, le gouvernement mauritanien a commencé un « lifting » en adoptant en août dernier des lois qui menacent de sanctions toute personne qui exploite des esclaves. Mais, dans la pratique, les militants anti-esclavagistes sont détenus ou subissent des pressions ! Au même mois d’août, le gouvernement a confirmé ma condamnation à deux ans de prison, de même que celle de mes compagnons de lutte contre l’esclavage.

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