Une difficile cohabitation

Une difficile cohabitation

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Les  lettres de son association –TPMN- claquent comme un slogan qui suit l’ère du temps : contre l’abus la contestation intelligente mais déterminée. « Touche Pas à Ma Nationalité » est l’un des effets boomerang de l’enrôlement. A sa tête, un garçon dévoué, Abdoul Birane Wane, qui sillonnent les sites de recensement pour dénoncer les abus.  Un bouillonnant militant des Droits de l’Homme ne pouvait se permettre de se faire raconter les événements de Kaédi. Alors il y est allé. Rencontre

Mauritanies1 : Quelle appréciation faites-vous des événements de Kaédi?

Abdoul Birane Wane : Ce qui se passe actuellement à Kaédi est une injustice flagrante. On revient toujours l’impunité cultivée par les autorités Mauritaniennes. Pendant longtemps il a été fait comprendre aux Mauritaniens que tout est permis quand on a une peau claire et surtout si la victime est noire. C’est pour cette raison que certaines pratiques persistent encore.

Mauritanies1 : Y a-t-il une relation entre ces affrontements interethniques et le dernier soulèvement des jeunes de TPMN ?

Ces affrontements constituent l’expression d’un sentiment de marginalisation, d’injustice vécue au quotidien et d’une accumulation de frustrations, de la même manière qu’en Septembre 2011 avec le Mouvement TPMN (Touche pas à ma nationalité). Il s’agit d’un même groupe victime (négro-Mauritaniens), du même groupe qui opprime, de la même ville martyre (Kaédi) c’est surtout des mêmes jeunes qui, dans le cadre de TPMN, avaient organisé le soulèvement et dont l’engagement et la détermination restent intact. Aujourd’hui tout jeune engagé se reconnait dans le discours de TPMN et dans sa manière d’agir.

Le cas de Kaédi est-il révélateur de la difficile cohabitation en Mauritanie ?    

Il faut avoir le courage de dire qu’il s’agit d’une difficile cohabitation entretenue par les régimes qui ont dirigé le pays et qui ont érigé des règles racistes qui favorisent le maure devant le noir. Le cas de Néné Dégué (la dame en question) n’est pas isolé, des noirs subissent tout le temps l’injustice. Nous avons eu un cas récent à Nouakchott avec l’arrestation de Kalé Samba et sa sœur Aminata, envoyés au commissariat par un simple coup de fil du préfet d’El Mina Isselkou. On leur reprochait d’avoir dressé des listes pour des personnes cherchant des vivres. Il a fallu qu’on organise un sit-in pour qu’ils soient libérés. Ce que les gens ont tendance à considérer comme de simples incidents s’avèrent plus graves. La réalité est que, dans chaque ville de la vallée, toute l’administration est beydanisée  (le commissaire, le juge, le commandant de brigade…), ce qui fait que, à chaque fois, la justice n’est jamais rendue aux noirs. Nous vivons sur nos propres terres, une nouvelle forme de colonisation. La justice et les forces de sécurité s’associent pour écraser les noirs, et tant que ce genre de comportement existera la Mauritanie sera confrontée à des émeutes de ce genre. Ceux, qui dirigent ce pays, doivent comprendre qu’il faut procéder à des réformes urgentes et profondes pendant qu’il est encore temps.

 

Ya-t-il une responsabilité des autorités locales ?

Les autorités locales agissent sous les ordres d’un régime raciste, elles ont l’ordre de réprimer les noirs. Que ça soit dans le Guidimakha, le Gorgol, le Trarza et autres régions. Les autorités locales issues de la seule communauté maure ont la mission de spolier, de terroriser ou d’exclure. Les seuls responsables sont les autorités, qui savent que les maures se sont réunis à deux reprises et qu’ils détiennent des armes. Ils ont même eu l’audace de demander au gouverneur l’autorisation d’utiliser leurs armes contre d’autres citoyens parce que ceux là sont noirs. Si la justice avait joué son rôle, dès le début, on n’en serait pas là. Actuellement, les jeunes subissent des tortures. Il est temps de mettre fin à cette colonisation qui ne dit pas son nom.

Propos recueillis par El Madios Ben Chérif 

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